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transmediterranee.over-blog.com

Bienvenue sur transmediterranee.over-blog.com C'est un espace de communication inter-culturel et inter-spirituel dans l'optique d'ouvrir le champ de vision mental et spirituel sur toutes les différences, en particulier de part et d'autre des deux rives de la Méditerranée. Que notre "mare nostrum" nous rapproche dans l'extraordinaire diversité de la grande famille humaine.

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Ecouter la nature et les gens

 « Une fleur ne dure que cinq ou six jours, mais cette roseraie est toujours délicieuse. » Saadi

Véronique Glad a créé et anime, aidée de son père et de son mari, le « Jardin de Boissonna », un jardin tout en douceur, inspiré des jardinets de nos grands-mères, reflet de son parcours de vie entre l’Angleterre et le retour aux racines, à Baleyssagues, près de Duras. A découvrir dans la lumière sereine et dorée des belles journées d’automne.

Vous laissez la voiture dans le parking entouré de noisetiers, et vous vous dirigez vers l’entrée du jardin qui vous accueille de ses grilles largement ouvertes : l’aventure commence au pays des couleurs et des senteurs. Pas de guide, ni de guichet à l’entrée, juste une boite de confiance pour y déposer le prix modique de la visite, qui durera le temps qu’il vous plaira, à votre rythme et au fil de vos enchantements. Il suffit de suivre les allées qui serpentent entourées de massifs foisonnants, les « mixed borders » chers à la créatrice de ce jardin remarquable, un mélange d’arbres, d’arbustes, de vivaces, de couvre-sol et d’innombrables roses.

L’origine du jardin

Dans ce jardin tellement féminin, d’où émane l’intimité, la douceur et l’harmonie des éléments végétaux, on discerne pourtant, au fil des déambulations, la touche verticale et masculine de grands arbres et d’espèces méditerranéennes, cyprès, cèdres, cannes de Provence…Quand le père de Véronique, Georges Beylard, ingénieur agronome, acquiert le terrain et la maison en 1962, dans la commune de Baleyssagues, à trois km du château de Duras, il entreprend la plantation d’un parc arboré.

Véronique se souvient : « il ne se voyait pas dans un bureau, il a finalement opté, après des voyages d’études en Turquie, pays premier producteur de noisettes, en Italie et en Espagne, pour l’introduction de la culture des noisetiers en France ; de 1962 à 1970, il a planté tous les grands arbres du jardin et les noisetiers en bordures. » Agriculteur et pépiniériste, il se spécialise dans la vente de noisettes et de plans, avec 60 ha de vergers qu’il vend à sa retraite, en 2000. C’est alors que l’aventure du jardin, en collaboration étroite avec sa fille, occupe ce retraité très actif.  

Le retour aux racines

Véronique Glad, était secrétaire bilingue et mariée à un anglais ; elle a vécu en Angleterre durant cinq ans. C’est là qu’elle a pris goût au jardinage et s’y est initiée avec une grand-mère qui possédait un tout petit jardin à Bristol. « J’ai acquis là plein de connaissances, on parlait sans arrêt de fleurs », se souvient-elle.

De retour en France, en 1991, après un court séjour dans la capitale, le besoin de retrouver la nature et ses racines la ramène au pays, dans la maison des grands-parents, entourée d’un écrin de verdure et d’un petit jardinet de paysan.  « Je rêvais d’une vie dans la nature, et de partage, en lien avec mes ancêtres. Ils avaient une qualité de vie, simple et heureuse ; mes grands-parents étaient paysans ou commerçants, ils savaient cuisiner, prendre le temps. Cet art de vivre m’a paru plus intéressant que mon expérience dans les grandes villes. »

Surmonter les épreuves

En 1994, puis en 1999, Véronique traverse deux dures épreuves, un double deuil familial.

Sa passion pour les jardins et pour un art de vivre au plus près de la terre des ancêtres l’aide à surmonter ces chocs. Reliée à cette « énergie des grands-mères » qui ne la quittera plus, et aidée par son père, elle conçoit son concept de jardinets reliés entre eux par des allées, tout en rondeurs et en douceurs féminines. La structure globale du jardin est née : vue du ciel, c’est une grande fleur, l’allée centrale figurant la tige autour de laquelle se déploient des petites boucles en formes de fleurs, les jardinets, reliés par des sentes sinueuses.

Pas de recherche artistique sophistiquée pour cette amoureuse de la nature, mais un esprit de simplicité et d’abondance. Peu à peu, la vie reprend le dessus, comme elle le fait à chaque printemps, autour d’elle et en elle, dans les profondeurs. Elle surmonte les épreuves, élargit son horizon intérieur et réoriente sa vie.

Retrouver le bonheur de vivre

Deux rencontres importantes l’accompagnent dans ce retour à la vie et au bonheur retrouvé : l’ami spirituel Arnaud Desjardins, qui l’initie à la vie contemplative et Christophe, son second mari, rencontré au Village des Pruniers, tout proche.

Avec Arnaud Desjardins, introducteur en France de la sagesse orientale du Vedanta, elle s’exerce à la connaissance de soi. Les épreuves l’ouvrent, le deuil fait place à la profondeur et à la richesse de la vie intérieure. Le cheminement spirituel, ou éveil, opère un changement de perspective qui se matérialisera dans son écoute attentive de la nature, et des hommes. De ce retour à la vie naîtront le jardin de Boissonna, et plus tard, une nouvelle profession de psycho-praticienne.

Son chemin spirituel, Christophe, ostéopathe, l’avait effectué à travers le monde, puis durant cinq ans au Village des Pruniers, auprès du maître bouddhiste Thich Nath Han, qu’il a soigné. C’est là qu’il rencontre Véronique qu’il épousera en 2007, en secondes noces. Il apporte sa créativité, son soutien et sa vision : « à nous deux, on fait un travail sur la lumière pour amener de la transparence au jardin ».

Un jardin intime et convivial

Véronique a des idées bien arrêtées sur ce qu’elle veut faire émerger sur cet espace de 4000 m2, planté de grands arbres. Deux mots résument son projet : intimité et conviviance. Le projet démarre en 98, en étroite collaboration avec son père.

« La mise en place, au début, c’était mon père : il ne s’exprime qu’à travers son rapport à la nature, c’était sa manière de me soutenir. Ça n’a pas été facile de partager, il a fallu que je me batte pour mes idées, que je manifeste mes envies ».  Véronique voulait s’ouvrir vers les autres, créer un lieu convivial.

« Mon propos n’était pas de montrer une belle réalisation horticole, mais que les gens vivent un moment précieux, une belle expérience ». En 2004, elle crée l’association « Jardin de Boissona » pour ouvrir au public ce jardin privé.

Finalement, son père adhère à son projet. « C’était un peu fou, mais c’est un homme de passion, il lui fallait un projet après la cessation de son activité ». Ils collaborent ensemble au plan du jardin : ce sera un circuit, une promenade où ne retourne pas sur ses pas, en découvrant un jardinet l’un après l’autre.

Le besoin d’intimité, de silence, est respecté dans cet espace clos où on peut s’isoler à son gré pour se reposer, méditer ou rêver dans des endroits protégés : ici et là, des bancs et des chaises pour se poser, des poèmes pour s’évader et des petites constructions typiques, pigeonnier de lecture, cabane de lutin pour les enfants et « boîte à souhaits » sous le tilleul. On n’a jamais l’impression d’être dans la foule, il y a toujours un coin tranquille pour s’isoler.

L’harmonie des couleurs végétales

Les détails et le choix des espèces en fonction des couleurs sont selon le goût de chacun. L’équilibre masculin/féminin contribue à la diversité harmonieuse du jardin. « Au départ, j’ai investi dans les rosiers, mon père dans les plantes méditerranéennes. »

Les roses avec tout l’éventail de leurs nuances incarnaient pour elle la douceur et le bonheur retrouvé : « j’aime le rose pour la tendresse qui en émane, mais aussi les couleurs vives par petites touches, un rouge bien foncé avec du rose, ou des mélanges de rouge, orange et roseLes couleurs, c’est une nourriture, certaines me font du bien ! »

Après les épreuves, elle trouve du réconfort dans la douceur de la multitude des fleurs roses des rosiers, hibiscus, et largestroemia, qui dominent dans les deux tiers du jardin, et dans l’infinie variété de leurs nuances, y compris le blanc.

« Je me suis réconciliée avec le blanc, que j’adore, je lui ai redonné une vraie place, j’aime poser mon regard sur du blanc. J’ai beaucoup évolué avec les couleurs : le rouge vif ne me heurte plus. »

C’est en faisant des erreurs de plantations qu’elle bouscule ses convictions et fait des découvertes : « les gens adoraient le rouge vif, qui ne m’intéressait pas. J’ai appris à aimer, par exemple, la rose Sévillana, à travers le regard des autres. » Mais les couleurs de feu, le rouge, l’orange et le jaune, c’est plutôt la touche paternelle.

Elle a aussi une prédilection pour les bleus réconfortants des plantago, du vitex, des sauges ou des romarins qui lui rappellent le bleu du ciel. Les géraniums vivaces et la rose « violette parfumée » apportent leur touche délicate à l’ensemble.

Choisir les bonnes espèces

Véronique n’a pas le culte des roses anciennes, qui ne fleurissent qu’une fois. Elle a trouvé des rosiers remontants, très résistants, avec malgré tout le port naturel des roses anciennes comme le Florentina ou le Crimson Glory.

Les espèces sont choisies pour leur qualité, comme pour leur aspect esthétique, tout est à prendre en compte : Peace and love est un rosier écologique, sans maladies, aux fleurs très simples, et le rosier Pyrénées offre une floraison neigeuse et buissonnante de petites roses blanches. Le bon choix, c’est avant tout un bon pépiniériste. Véronique recommande celui de Coulx (à la limite de la Dordogne), tout vient de chez lui : « il a une excellente connaissance des plantes et il donne d’excellents conseils ! »

Pour garder en mémoire toutes ces appellations, elle s’est procuré une quantité d’étiquettes métalliques, comme dans les parcs anglais, plantées en terre ou suspendues.

En 2009, le jardin obtient le label « jardin remarqable », qui sera renouvelé deux fois. Et en

2016, la création d’un salon de thé pour parfaire l’accueil est construit avec les classes de première et terminale du lycée des métiers de Langon.

Ecouter la nature et les gens

Actuellement l’entretien du jardin est assuré par Véronique et Christophe. La terre et les plantes équilibrent leurs activités thérapeutiques respectives. « Quand on est fatigués, il suffit de jardiner une heure ou deux pour retrouver l’énergie », nous confie-t-elle.

Le Jardin de Boissonna attire un public très varié, de tous âges : des gens de Bordeaux en manque de nature, des marginaux, des moines du Village des Pruniers, des botanistes, connaisseurs ou amateurs. « On n’est pas élitistes, on veut que tous soient bienvenus ». La visite, non guidée, se fait en autonomie. Véronique conseille volontiers, mais « on est là pour recueillir leurs ressentis, leurs impressions. Mon écoute de la nature rejoint mon écoute des gens, j’ai beaucoup de bonheur à partager leur vécu, ce qui les a touchés. »

C’est une pause hors du monde, et aussi une pause gourmande : « maman a fait de la confiture de roses, un pur délices, jusqu’à l’an passé, et j’ai pris la relève ».

Pour elle et pour les visiteurs, avec ses 460 variétés de roses, le jardin de Boissonna, c’est vraiment le « jardin du bonheur ». C. M.

 

 

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